La France détient deux tristes records mondiaux : celui des taux de dépression et celui de la consommation d’antidépresseurs, qui a plus que doublé ces 15 dernières années. C’est tout simplement invraisemblable dans un pays qui connaît la paix, une certaine prospérité et une qualité de vie globale satisfaisante. Mais nous préférons ne pas y penser tout en avalant nos pilules du bonheur…
Comment inverser cette tendance ? Un des secrets réside peut-être, dans le simple fait de voir en quoi on pouvait améliorer nos rapports aux autres et au quotidien, peut-être que chacun de nous peut contribuer à inverser la tendance en s’attaquant aux difficultés de nos relations dans le couple, au bureau, avec nos enfants et notre entourage en règle générale.
Nous sommes, à peu d’exception près, des « éponges émotionnelles », observons combien nous souffrons quand il y a violence émotionnelle et inversement combien nous sommes touchés dès qu’il y a rapprochement et communication des sentiments même en n’étant que de simples témoins de ces scènes.
L’homme est un être « sensible » et social, le contact avec autrui, le fait de se sentir utile ou encore l’amour qu’il donne et reçoit sont pour lui des necessités biologiques donc leur absence conduit, au mieux, à un mal être, au pire, à une mort prématurée.
Amour, cerveau et autres histoires de laboratoires
Le cerveau des mammifères, et encore plus celui des hommes, est sensible aux besoins de ses petits car particulièrement inaptes à survivre seuls les premières mois ou années de leur existence. Notre instinct nous fait répondre à leurs besoins, leur cris et demandes. C’est cette structure, qui en évoluant, a crée la base de notre capacité à former des liens sociaux et à entrer en contact avec autrui. Le cerveau émotionnel est un centre d’émission-réception affectif, c’est la base de notre communication vocale, verbale, musicale, poétique…
C’est aussi ce qui explique le fait que nous pouvons entretenir une relation affective avec beaucoup d’animaux, surtout les mammifères et que cela n’est pas possible avec les reptiles qui n’ont pas développé cette communication limbique.
Des scientifiques ont découvert, pour la plupart par hasard et à leur insu, que le contact émotionnel est un facteur de croissance et même de survie. Un enfant que l’on ne touche pas, que l’on ne berce pas et à qui l’on ne témoigne pas d’affection a plus de risques de contracter une maladie et même d’en mourir qu’un autre même si ce dernier mange moins bien et/ou reçoit des soins médicaux de moindre qualité. Souvenez-vous de ces petits roumains découverts dans ces affreux orphelinats ; leur croissance s’était quasiment arrêtée et leur cerveau émotionnel (la base de toute communication) atrophié de manière irréversible par manque voire absence de nourriture affective.
Aujourd’hui, il est clairement établi, et ce grâce aux résultats de plusieurs observations, études et expériences menées en laboratoire durant ces 20 dernières années, que l’équilibre physiologique des tout-petits mammifères, y compris l’homme, dépend de la qualité des rapports affectifs et de l’amour qu’on leur porte.
Et quand j'étais grand ?
La qualité des relations parents/enfant, le degré d’empathie des parents (cette faculté à comprendre et répondre aux besoins émotionnels de l’autre) définissent, plusieurs années plus tard, la force du système para-sympathique (le facteur qui régit la cohérence du rythme cardiaque) à faire face au stress et à mieux résister à la dépression. Quant à nos relations aux autres, il a été démontré que l’équilibrage optimal de notre physiologie dépend de leurs qualités surtout du caractère de celles que nous entretenons avec les personnes plus proches.
L’amour des femmes pour leur conjoints a un effet protecteur quand ces derniers sont atteints de maladies cardio-vasculaires à l’inverse, ceux qui se sentent moins aimés voire méprisés, développent deux fois plus de symptômes.
Chez les femmes, le soutien affectif est tout aussi important et l’on recense deux fois plus de décès suite à un cancer du sein dans les 5 ans suivant le diagnostic parmi celles qui disaient manquer d’affection dans leur vie.
Lorsque nos relations aux autres sont perturbées, notre physiologie se dégrade. Notre organisme, sa résistance au stress, aux maladies dépendent de toutes nos relations affectives ; parents, enfants, conjoints et amis. Pouvoir être soi-même, se montrer désarmé et fragile, se sentir utile et rayonnant mais aussi compris, rire et pleurer, entièrement avec quelqu’un d’autre c’est ce qui nous évite de sombrer dans l’anxiété, nous aide à faire face aux difficultés et à un quotidien très stressant. Peu importe le lien de parenté et de proximité que nous avons avec cette personne, même un animal s’avère salutaire dans beaucoup de cas.
Bon alors tout va bien … ! C’est ce que la plupart d’entre nous et heureusement pense, seulement voilà, la vie, la société, notre culture « civilisée » tendent à nous fermer aux autres, par crainte d’être submergé émotionnellement, à nous séparer par excès d’individualisme, ou à vivre dans la violence des mots pris dans une spirale de pouvoir et de contre pouvoir. Nous sommes tous, tour à tour, bourreau et victime de ces « forces centrifuges ». La solution : travailler à être plus intelligent émotionnellement, développer son empathie, apprendre à communiquer sans violence.
Do you speak love ?
Il existe aux Etats-Unis un laboratoire de l'amour, le “Love Lab” où sont observés des couples qui acceptent de parler de leur sujet de désaccord sous la surveillance d’une batterie d’instruments ; des caméras permettent de filmer le moindre geste, la moindre grimace et des capteurs d’enregistrer les changements du rythme cardiaque et de la tension artérielle.
La première découverte : il n’existe pas de relation durable sans conflit chronique. L’absence de désaccord est plutôt le signe de distance émotionnelle qui nuit à toute relation véritable. La deuxième, est qu’il pouvait prédire la viabilité d’un couple après seulement 5 minutes d’observation avec un taux de précision de 90%.
Les observations ont montré l’impact de la distance émotionnelle émise par les êtres qui nous sont les plus proches sur le rythme cardiaque et la tension artérielle et la faculté à raisonner rationnellement : une fois « noyés émotionnellement », on ne peut plus s’exprimer qu’en termes d’attaque et de défense, incapable de trouver une issue au problème ou une réponse adaptée qui apaiserait la situation.
Parce que, sans s’en rendre compte, nous n’utilisons pas forcément les bons outils pour communiquer. Lors d’un échange à chaud nous avons tendance à critiquer plutôt que de présenter simplement le problème, ensuite à mépriser ou à utiliser le sarcasme dont on se délecte souvent intellectuellement, puis l’autre répond par l’attaque ou la contre attaque ou pire le retrait, la distance (physique ou pas) qui au lieu de mettre fin au conflit l’exacerbe encore plus jusqu’à pousser l’autre à la violence physique.
Ce schéma n’a rien d’exceptionnel, qui n'a jamais entendu dire : « tu ne fais jamais rien, j’en ai marre de ranger à ta place » dans le registre de la critique ou « tu es ridicule » dans la catégorie du mépris ou encore renchérir quand nous nous sentons menacés et pour finir, se murer dans un silence, faire preuve d’un calme « apparent » attendre que ça se passe quand l’autre essaie d’exprimer ses sentiments, certes avec maladresse.
Il existe pourtant des moyens de reprogrammer notre communication et apprendre à tout dire sans violence. La méthode la plus connue est celle du psychologue M. Rosenberg « la communication non violente » où le jugement est remplacé par une analyse objective et où l’on se concentre sur son propre ressenti plutôt que d’attaquer l’autre et lui attribuer des défauts ou toute velléité malsaine. Et finir, par faire part à l’autre de l’espoir partagé déçu.
Juger, nous ferme à l’autre et annule tout espoir de l’influencer - dans le sens de le toucher et non de le manipuler- !
Communiquer émotionnellement c’est aussi savoir écouter avec le cœur, être attentif aux besoins d’autrui mais pas forcement y répondre systématiquement car cela ne se prête pas à toutes les situations, comprendre son émotion et la partager.
Et enfin, se demander ce que l’on peut faire pour les autres … je ne parle pas d’altruisme, ou de moralité mais tout simplement d’un besoin inné qu’à l’être humain à se sentir utile à son prochain.
Le sentiment d’être engagé dans un groupe social dans une action de bénévolat, la satisfaction du lien et d’apporter quelque chose à l’autre, sont des remèdes efficaces pour le cerveau émotionnel et donc pour le corps.
Mais comme « charité bien ordonnée, commence par soi même … » il faut avouer que bien s’occuper des autres est la phase ultime du développement personnel. En d’autres termes, nous ne pouvons pas aimer sincèrement et sainement l’autre si l’on ne s’aime pas soi même. On ne peut pas apporter aux autres si l’on ne se réalise pas complètement soi-même. En même temps, on se construit en contact avec l’autre, on se réconcilie avec soi quand on se sent important pour quelqu’un (quel qu’il soit). Il est donc souhaitable, même nécessaire de faire les deux car l’un entraîne l’autre dans une spirale vertueuse.
Et si finalement le Prozac pouvait être remplacé par une grosse dose d’amour désintéressé, de relations équilibrées, d’émotions bien gérées et de mots « doux » … on peut rêver, mais aussi agir chacun à son niveau et au quotidien comme s’il s’agissait d’un programme « d’hygiène affective »
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